Former quand les budgets se resserrent : l’art de conjuguer contraintes et ambitions

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Dans un contexte où la majorité des responsables formation constate une contraction de leurs budgets, comment maintenir l’ambition pédagogique tout en jonglant avec des ressources réduites ? Le 16 décembre, 7Speaking organisait un webinaire en collaboration avec e-learning Letter pour explorer cette équation délicate, devenue centrale pour les acteurs de la formation professionnelle. 

Pour en débattre, deux regards complémentaires. Jean-Marc Dulou, responsable des certifications professionnelles à l’IFCAM, l’université d’entreprise du Crédit Agricole, a partagé les coulisses d’une stratégie de formation dans un groupe bancaire de plusieurs milliers de collaborateurs. À ses côtés, Sandra Pallavicini, responsable d’administration des ventes chez 7Speaking, a décrypté les leviers de financement disponibles et leur évolution récente. 

La nouvelle donne budgétaire 

Le premier constat dressé lors de cette table ronde a résonné avec force : les arbitrages budgétaires se durcissent. Pourtant, derrière cette pression financière se cache un paradoxe. Les besoins de formation n’ont jamais été aussi criants. Transformation numérique, arrivée de l’intelligence artificielle, mutations géopolitiques, transition écologique, évolution démographique : les collaborateurs évoluent dans un monde en perpétuelle accélération. Et cette accélération impose une réponse rapide, adaptée, parfois urgente. 

 Jean-Marc Dulou l’a formulé sans détour : « Nous n’avons pas d’autre choix que de prendre en compte l’accélération et les transformations que nous vivons actuellement. Ces transformations nous amènent à considérer l’escalier social, qui est l’ADN du Crédit Agricole, pour faire progresser nos collaborateurs. » Dans ce contexte, la formation n’est plus un luxe. Elle devient une condition de survie organisationnelle. 

Prouver la valeur de la formation : un défi culturel autant que méthodologique 

Comment défendre ses budgets lorsque la formation est encore perçue comme un coût plutôt qu’un investissement ? Cette vision court-termiste demeure l’obstacle principal pour 45% des participants au webinaire. Derrière cette difficulté se cache une question de culture d’entreprise, mais aussi de temporalité. 

 Jean-Marc Dulou a partagé une conviction : « Il faut savoir apaiser l’immédiateté. Ça ne veut pas dire l’ignorer, mais ne pas céder à la dictature de l’urgence. » Cette tension entre le très court terme et la vision stratégique traverse toutes les organisations. Elle impose une double exigence : répondre aux besoins opérationnels tout en préparer les compétences de demain. 

 Quant aux indicateurs de retour sur investissement, ils restent difficiles à isoler. Mais la logique économique se lit autrement : former un collaborateur pour le faire évoluer coûte moins cher que de le perdre et de recruter à l’extérieur. La fidélisation, l’économie des coûts d’intégration d’une nouvelle recrue, la transmission de la culture d’entreprise : autant d’économies indirectes qui justifient l’investissement formation. 

Le temps, ressource aussi rare que l’argent 

Au-delà des budgets, c’est le temps qui devient la ressource la plus précieuse. La question centrale : quel temps veut-on bien accorder à un collaborateur pour qu’il puisse se former ? Est-ce qu’il se forme en « temps masqué » ou sur son temps de travail ? 

Cette question en apparence technique révèle un enjeu culturel majeur. Former un collaborateur sur son temps de travail, c’est reconnaître que la montée en compétence fait partie intégrante de sa mission. C’est aussi un signal managérial : l’entreprise accepte de relâcher temporairement la pression opérationnelle pour un bénéfice à moyen terme. Dans un monde saturé de sollicitations, cette reconnaissance du temps de formation devient un acte de résistance à l’immédiateté. 

Financer autrement : l’ingénierie au service de l’ambition 

Face à la contraction des prises en charge classiques, les responsables formation doivent redoubler d’inventivité. Le cofinancement s’impose comme le levier à privilégier pour 46 % des participants. Et d’une manière générale, la recommandation de 7Speaking est de combiner plusieurs sources : aides OPCO, fonds spécifiques comme le FNE Formation ou le FSE+, et enfin, CPF du salarié avec abondement de l’entreprise. 

Les Opérateurs de Compétences (OPCO) restent un canal incontournable. Leurs aides classiques varient selon les secteurs et les priorités de branche – bien que les grandes entreprises voient leurs prises en charge diminuer au profit des TPE et PME, devenues prioritaires. Mais les OPCO jouent aussi un rôle de relais pour des dispositifs plus ciblés : le FNE-Formation accompagne les transitions stratégiques, le FSE+ finance des projets spécifiques. Ces enveloppes, bien que conditionnées, ouvrent des possibilités pour qui sait les identifier. 

Le CPF avec cofinancement gagne du terrain. Le mécanisme est simple : le salarié mobilise son Compte Personnel de Formation, l’entreprise complète le reste, ou simplement le reste à charge entré en vigueur depuis 2024. Ce partage ne relève pas que de l’économie. Il responsabilise également : quand on engage son propre capital formation, l’assiduité a tendance à suivre également. 

Mais l’ingénierie financière ne suffit pas. Les dispositifs existent, encore faut-il que les collaborateurs sachent les mobiliser. Accompagner les inscriptions, aider à monter les dossiers, expliquer les droits : ce travail de pédagogie transforme une aide théorique en levier concret. Chez 7Speaking, cet accompagnement passe par des webinaires internes qui lèvent les freins et facilitent l’appropriation. 

Ce qu’il faut retenir 

Former quand les budgets se resserrent, ce n’est pas renoncer. C’est repenser. Repenser les arbitrages entre hard skills et soft skills, sans opposer l’un à l’autre. Repenser la preuve de la valeur, en sortant d’une logique purement comptable pour intégrer la fidélisation, la transmission, la culture. Repenser le temps, en acceptant de ralentir temporairement pour accélérer durablement. Repenser les financements, en combinant intelligemment CPF, abondements et aides sectorielles. Repenser enfin la pédagogie elle-même, en s’appuyant sur l’IA pour personnaliser, mais en gardant l’humain au centre. 

Les défis sont réels. Mais ils portent aussi une opportunité : celle de refonder la formation sur ce qui compte vraiment. Non pas sur l’accumulation de dispositifs, mais sur l’efficacité des apprentissages. Non pas sur le volume, mais sur l’impact. Non pas sur la dépense, mais sur l’investissement. 

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