CPF : une révision majeure en vue ?

réforme du cpf - annonces de Jean Pierre Farandou

Dans une interview aux Échos publiée le 16 juillet dernier, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a annoncé vouloir transformer le CPF en réintroduisant un contrôle systématique avant chaque formation. Une proposition passée relativement inaperçue pendant l’été, mais qui pourrait redéfinir la manière dont les salariés accèdent à la formation.

 

Du CPF « personnel » au CPF « professionnel »

Le 16 juillet, le ministre du Travail a déclaré vouloir changer « le “P” de CPF, de personnel en professionnel. »

Cette proposition s’inscrit dans un contexte budgétaire contraint. Le Gouvernement prépare le budget 2027. D’après les premières orientations, le ministère du Travail doit réaliser 1,9 milliard d’euros d’économies. Le CPF, qui pèse près de deux milliards d’euros par an pour l’État, apparaît comme un levier d’ajustement évident.

Concrètement, chaque utilisation du CPF nécessiterait désormais une validation préalable : par l’employeur si la formation a lieu sur le temps de travail, par un conseiller en évolution professionnelle (Apec, France Travail, missions locales, Cap Emploi) dans les autres cas.

L’objectif affiché par le gouvernement : « vérifier que derrière cette formation, il y a un parcours, que le titulaire est capable de la suivre et qu’elle débouche bien sur un emploi. »

Cette proposition s’appuie sur un rapport sénatorial publié le même jour, qui pointe des chiffres questionnant l’efficacité du dispositif actuel :

  • Seulement 35 % des demandeurs d’emploi formés retrouvent un emploi 8 à 9 mois après leur formation ;
  • 57 % des titulaires vont au bout de leur parcours.

 

Entre autonomie et efficacité : deux camps s’opposent

Les réactions politiques révèlent deux visions opposées de la formation professionnelle.

Certains élus jugent l’intermédiation « indispensable » pour mieux orienter les financements vers les métiers en tension et les compétences stratégiques. Ils y voient une opportunité d’articuler le CPF avec les plans de développement des compétences et d’améliorer le retour à l’emploi.

D’autres, au contraire, dénoncent une remise en cause de la réforme de 2018 qui avait supprimé toute intermédiation. Ils craignent que ce contrôle préalable ne fasse peser un risque supplémentaire sur l’utilisation effective du CPF par les actifs et ne freine leur autonomie dans la construction de leur parcours professionnel.

 

Révision du CPF : où en est-on à date ?

Rien n’est encore définitif. Pour devenir effective, cette proposition devra figurer dans le projet de loi de finances 2027, qui sera débattu à l’automne. De nombreuses questions restent en suspens : s’agira-t-il d’un contrôle systématique ou seulement pour certaines formations ? Quels seront les critères de validation ? Combien de temps prendra l’instruction d’une demande ?

Ces incertitudes soulèvent des interrogations pratiques. Les formations longues, qui visent à développer des compétences transversales plutôt qu’à répondre à un besoin immédiat, risquent d’être moins facilement validées. Les salariés qui souhaitent se former en dehors de leur temps de travail ou amorcer progressivement une reconversion pourraient également se heurter à des difficultés.

À cela s’ajoute un autre frein. Le reste à charge de 100 euros, instauré en 2025 puis augmenté à 150 euros en 2026, avait déjà fait baisser l’utilisation du CPF parmi les salariés non-cadres. L’ajout d’une étape de validation préalable pourrait creuser davantage cet écart d’accès à la formation.

 

Ce que cela changerait pour les entreprises

Cette évolution possible concerne directement les équipes RH et formation, pour trois raisons.

L’employeur devient acteur du contrôle. Si la réforme passe, les entreprises seront sollicitées pour valider les projets de formation sur le temps de travail. Une responsabilité supplémentaire qui suppose une vision claire des besoins en compétences et des parcours individuels.

Le cofinancement pourrait devenir la norme. Si l’accès au CPF se complexifie, les salariés se tourneront davantage vers leur employeur pour compléter ou financer leurs formations. Le modèle du cofinancement existe déjà dans certains secteurs, mais il pose la question de l’équité d’accès selon la taille et les moyens de l’entreprise.

L’articulation CPF / plan de développement évolue. Si le CPF devient moins accessible individuellement, le plan de développement des compétences reprend du poids. Cela suppose d’anticiper les besoins et de structurer des parcours clairs.

 

Débat à suivre

Le débat se poursuivra à l’automne lors de l’examen du projet de loi de finances. Trois points à surveiller : les modalités concrètes du contrôle, l’impact sur les populations les moins qualifiées, et les opportunités d’abondement et de cofinancement.

La formation des salariés se jouera de moins en moins uniquement sur le CPF individuel. Le rôle de l’entreprise dans le financement et la validation des parcours devient central.